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30 avril 2015  / Parcours

Quand la musique entre au musée

Rémi Mistry
30/04/2015

Depuis quelques années, il n’est pas rare d’assister à des concerts dans tous les genres au milieu des œuvres d’art, ou de visiter des expositions sonorisées par des musiciens de renom. Une façon de faire vivre les collections tout en attirant un nouveau public. Et si l’événementiel culturel, et en particulier le spectacle vivant, jouait un rôle déterminant dans l’avenir des musées ?

Tout comme le cinéma ou la danse, la musique a maintenant sa place au musée. Plus uniquement dans des lieux qui lui sont réservés, mais aussi dans des établissements dits “généralistes”, autant les grandes institutions que les petites structures. Aujourd’hui, ils sont nombreux à posséder leur propre auditorium, avec des programmations qui feraient souvent pâlir n’importe quelle salle de concert. On pense aux splendides amphithéâtres des musées d’Orsay, du Quai Branly ou du Louvre dans lesquels on a récemment pu écouter aussi bien le Mozart de la chanteuse lyrique Véronique Gens que les mélodies brésiliennes de Renata Rosa ou la techno obsédante de Jeff Mills. Parfois aussi, la musique quitte les salles qui lui sont consacrées pour s’épanouir au beau milieu des œuvres. « C’est important pour un musée de proposer différentes formes de création, et encore plus lorsqu’elles résonnent avec les expositions en cours », nous explique Matthieu Simonnet de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, qui a été l’un des premiers musées parisiens à accueillir du spectacle vivant. L’enseigne s’est d’ailleurs taillé une solide réputation dans ce domaine, en réunissant notamment pour ses 30 ans en octobre dernier les rares Patti Smith et John Cale le temps d’une performance exceptionnelle qui prolongeait un cycle consacré au rock. Ainsi, histoire d’instaurer un “dialogue entre les arts”, la plupart des musées programment désormais des concerts en fonction des thématiques qu’ils abordent. Au point de devenir parfois des lieux musicaux de référence suivant leur spécialité, à l’image du musée de Cluny qui s’est imposé comme le seul lieu de diffusion régulier de musique médiévale dans la capitale. « Pour nous, la musique est un apport essentiel aux collections », nous confirme Matthieu Decraene, responsable du service culturel du musée. « Ça a un sens de faire jouer de la musique au cœur du musée du Moyen Age car elle avait un rôle culturel important, par exemple lors des fêtes et des messes. Mais c’est aussi un travail de recherche, de restitution des sons de l’époque ».

Des paysages sonores au service des œuvres

De fait, la musique permet d’immerger le visiteur dans une atmosphère adéquate afin de l’aider à mieux appréhender les œuvres, surtout lorsque celle-ci est enregistrée et diffusée en continu dans un espace d’exposition. Une poignée de chercheurs et musiciens ont planché sur ce concept qu’on appelle la sonographie muséale. C’est le cas de Cécile Corbel qui, dans un article publié dans la revue Cahiers d’ethnomusicologie, développe l’idée que les ambiances sonores dans les musées « sont un véritable outil de mise en scène qui peut produire un impact émotionnel fort, dramatiser des espaces, les rendre poétiques, voire les transformer en des lieux magiques ou “extraordinaires” ». Bref, apporter une réelle plus-value esthétique, à condition qu’elles soient en accord avec l’esprit des lieux et des objets exposés. C’est ce qui s’est passé l’an dernier au Palais des Beaux-Arts de Lille avec l’opération Open Museum qui a invité le célèbre duo électro-pop français Air à composer la musique de plusieurs de ses salles. Pendant plus de quatre mois, les nappes sonores planantes et minimalistes du groupe ont accompagné le parcours des visiteurs, un peu comme le ferait une bande originale pour un film. Résultat ? Une pluie de retours positifs autant d’un point de vue artistique (le son est parvenu à révéler, renforcer voire éclairer sous un nouveau jour des joyaux de Donatello, Véronèse ou Delaunay) que médiatique (l’information a été largement relayée), qui devrait inciter d’autres musées à tenter l’expérience.

Créer l’événement toute l’année

Car, comme le faisait remarquer à la presse le commissaire d’exposition à l’époque, il n’est pas toujours facile de renouveler l’intérêt du public pour des collections permanentes, notamment celui des jeunes. Et s’il semble assez logique d’associer la musique classique à des collections d’art ancien, introduire de la musique pop – longtemps taxée de sous-culture – dans un haut lieu culturel constitue un véritable choc culturel. Et d’ajouter : « Cela peut donner envie à des personnes qui adorent la pop et le rock, et qui ignorent combien la peinture et la sculpture participent aussi de leur imaginaire visuel, de venir au musée ». Une évolution qui a l’air de satisfaire tout le monde, aussi bien les musiciens qui y gagnent en prestige que les musées qui y voient l’occasion de moderniser, voire démocratiser leur image tout en créant l’événement. Car il est vrai que de nos jours, tout musée qui se respecte se doit, tout en prenant garde à ne pas désacraliser les lieux, d’organiser des événements tout au long de l’année, en plus de participer aux grandes manifestations comme Nuit Blanche ou la Nuit des musées. Clairement, la stratégie de l’événementiel culturel semble être devenue essentielle dans la communication et le développement de ces lieux de sauvegarde du patrimoine, qui cherchent à s’éloigner de leur réputation élitiste pour conquérir un public chaque jour plus varié et nombreux. Une véritable politique culturelle qui commence déjà à porter ses fruits.

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