Hannah Assouline / Julliard
27 mars 2017  / Livres

Fouad Laroui : « Nous sommes tous des conteurs »

Stéphane Koechlin
27/03/2017

Plume très en vue de la maison Julliard, Fouad Laroui, né à Oujda, construit patiemment une œuvre qui fait honneur à la littérature française. Pourtant, il a choisi de vivre aux Pays-Bas. Ce beau point d’observation lui permet de jeter sur notre pays un regard plein d’amour mais aussi sans concession.

Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?

Fouad Laroui : Quand j’avais huit ans, je crois. J’ai écrit une petite nouvelle dont le titre était Pamela. Je me souviens vaguement du thème. Mon père s’est extasié, bien sûr, et j’ai donc su qu’il fallait que je continue dans cette voie puisqu’elle me conciliait les faveurs paternelles.

 

Au Maroc, vous avez étudié dans un lycée français de Casablanca, Lyautey. Comment vous êtes-vous retrouvé là-bas ?

J’étais en CM2 dans une école de ce qui s’appelait alors la Mission Universitaire et Culturelle Française, Charcot d’El Jadida. Une bourse était disponible pour aller à l’internat du lycée Lyautey de Casablanca. Le directeur, Mr Bernard, me l’a attribuée parce que j’étais le meilleur élève. Il aurait pu la donner au fils du commissaire ou d’un riche chevillard, mais non : ce brave homme croyait à l’élitisme républicain…

 

Qu’est-ce qui vous a attiré ou déplu dans la culture française ?

C’est d’abord la littérature qui m’a attiré. Je dévorais les livres des bibliothèques de l’école et du lycée. Il y a quand même cet extraordinaire XVIIIe siècle français, notamment Diderot et Voltaire, qui m’ont appris la connexion intime du fond et de la forme. Et puis, cent autres auteurs, le Breton de Nadja, Queneau, Camus et Sartre. La liste est infinie. Par la suite, un certain universalisme m’a séduit, l’idée que ce qui se disait à Paris valait pour tous les hommes. Cette idée n’existe pas dans la culture néerlandaise, elle serait vue comme une forme de présomption. J’aime moins « l’autre France », qui prône le renfermement sur soi, même si je peux comprendre que la mondialisation puisse faire peur.

 

Qu’est-ce qui vous rapproche des autres écrivains marocains ?

Nous venons d’un pays qui a une longue histoire et une riche tradition d’expression orale. Je crois que nous sommes tous des conteurs. Si chacun de nous a son style, l’important n’est jamais là, il est toujours dans ce qu’on raconte.

 

Vous écrivez en néerlandais aussi. Cela change-t-il votre approche en tant qu’écrivain ?

Je n’ai publié que des poèmes – deux recueils – en néerlandais. C’était une sorte d’expérience. Et j’ai compris cette évidence : on ne passe pas impunément d’une langue à une autre. En fait, on devient quelqu’un d’autre. Mon style, en français, est plutôt ironique – l’influence de l’immense Voltaire, mille fois relu. En néerlandais, je suis sinistre. J’ai arrêté d’écrire dans cette langue à temps – juste avant d’aller me pendre au prochain réverbère.

Fouad Laroui, Ce vain combat que tu livres au monde, Julliard, 275 pages, 19 €.

 

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