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03 juin 2017  / Livres

Le roman d’aventures, un charme éternel

Stéphane Koechlin
30/05/2017

En ce début de juin, nous aurons le regard tourné vers le festival Étonnants voyageurs à Saint-Malo. Depuis 1990, ce rendez-vous créé par Michel Le Bris célèbre le genre littéraire du récit – d’aventures et de voyage – qui continue de drainer des milliers de lecteurs. Zoom sur une passion tout à fait estivale.

C’est l’une des plus belles scènes de la littérature. Un homme sur une île lointaine raconte le destin tragique d’un marin perdu, Lord Jim. Pendant qu’il parle, ceux qui l’écoutent promènent dans la nuit le bout rougeoyant de leur cigarette. Joseph Conrad ajoute : « Peut-être était-ce après dîner ou sur une véranda enveloppée de feuillage… » Toute la magie du récit de voyage est dans le « peut-être », le « ou », dans ce flou artistique. L’auteur ne sait pas vraiment ni où ni quand cette histoire a été racontée. Est-elle vraie ? Cette imprécision forme la beauté de ce magnifique genre littéraire que sont le roman d’aventures et son jumeau, le récit de voyage, les deux cheminant côte à côte. Combien d’entre nous ont rêvé en lisant ces histoires. Si vous vouliez du blanc et du froid, il fallait lire Jack London, maître du grand Nord. Vous préfériez une mer « miroitante et fraîche » ? On vous conseillait Conrad, le voyageur de Malaisie. Vous rêviez de pagodes et de jungles trempées de pluie ? Malraux vous emmenait en Chine et au Cambodge. Ces écrivains aventuriers ont fixé dans notre conscience un genre littéraire indémodable, toujours aussi séduisant deux siècles après les cavalcades d’Alexandre Dumas et de Jules Verne et sa riche période des années 1920 et 1930, l’âge d’or des explorateurs (Percy Fawcett, Rasmussen…) que raconte le très beau film de James Gray, The Lost City Of Z sorti le 15 mars dernier.

Le champ du réel

Si le roman d’aventures est indémodable, c’est aussi parce que des passionnés ont entretenu la flamme : le regretté Francis Lacassin, qui, au sein de la collection Bouquins, a ressuscité les « auteurs du Grand Nord », James Oliver Curwood et Jack London, Michel Le Bris, éditeur chez Phébus des grands textes maritimes anglais, et le navigateur écrivain Patrice Franceschi, fondateur il y a quatre ans de la collection Points Aventure, avec ses élégantes couvertures grises et sa typo soignée. Il y a publié les Mémoires du célèbre aviateur Roland Garros, Le Monde comme il me parle d’Olivier de Kersauson, ou le superbe Une Saison de chasse en Alaska, écrit par deux journalistes Zoé Lamazou et le dessinateur Victor Gurrey bien dans la tradition du reporter écrivain initié par Joseph Kessel ou Lucien Bodard. Le récit d’aventures demeure pour les journalistes un passeport vers la littérature et le moyen de séduire un public rétif à la lecture. Zoé et Victor ont vécu la vie rude de la population des Inupiat, en Alaska, ultime terre d’élection de l’aventure dans un monde où les lieux sauvages se rétrécissent.

     

Que cherchent-ils ?

Il a fallu à un moment fixer ces étoiles filantes, et Michel Le Bris leur a trouvé un port d’attache, Saint-Malo où, en 1990, il a lancé le festival Étonnants voyageurs. Le succès a été immédiat (près de 60 000 spectateurs). Malgré des difficultés financières, il fête sa 28e édition ce 3 juin. On y croisera les “stars”30, rue Vernier, 17e de la « littérature monde » (comme dit Michel Le Bris) de Russell Banks et ses périples amoureux dans Voyages (Actes Sud) à l’emblématique Sylvain Tesson, célèbre depuis ses forêts de Sibérie, où il racontait un séjour aux confins du monde par une température glaciale. Son amour du danger a failli lui coûter la vie. En voulant escalader une maison à Chamonix, ce passionné des toits a chuté. Il passera de longs mois alité. Tesson fait partie de cette génération « d’étonnants voyageurs » moins porté sur le rêve, comme il l’écrit dans son texte « D’autres que moi-même » : « L’aventure justement correspond à ce moment où la vie se déploie dans le champ du réel, et du réel seul, hors de toute abstraction, loin de toute spéculation… » Ce qui lui a plu, c’est davantage la question essentielle à laquelle Patrice Fransceschi tente de répondre dans le recueil de nouvelles publié par Points aventure : L’aventure, le choix d’une vie. Oui, choisir sa vie. Choisir sa vie comme Catherine Poulain partie « au bout du monde sur la Grande Bleue, vers le cristal et le péril » afin de mener l’existence de pêcheur en Alaska. Elle en a rapporté ce livre rugueux Le Grand Marin, qui arpente bien le « champ du réel », vendu à 300 000 exemplaires. S’ils parlent du choix, ces ouvrages racontent une préoccupation de nos sociétés modernes, l’écologie. Nous y ajouterons un troisième élément, l’incertitude, dont Montaigne a parfaitement résumé l’ambivalence : « Je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche. »

 

Festival Étonnants voyageurs, du 3 au 5 juin à Saint Malo.

Chez Points Aventure (Seuil) :

Zoé Lamazou et Victor Gurrey, Une saison de chasse en Alaska, 228 pages. 

L’aventure, le choix d’une vie, 171 pages, 11 €. Avec Patrice Franceschi, Sylvain Tesson, Gérard Chaliand, Yann Queffélec, Valérie Zenatti…171 pages. 

Mémoires, Roland Garros, 491 pages. 

Le Grand marin, Catherine Poulain, Points, 384 pages.  

Retrouvez l'interview de l'écrivain et marin Patrice Franceschi ici

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