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23 mai 2017  / Livres

Patrice Franceschi : « Un combat pour la liberté »

Stéphane Koechlin
30/05/2017

Ce marin et écrivain créait, il y a quatre ans, la collection Points aventure, au Seuil, riche d’une quarantaine de titres. Il raconte sa passion, faite de littérature et de voyage, qui a guidé toute son existence.

Quels écrivains d’aventure vous ont influencé ?

Conrad, Hemingway, Romain Gary, Malraux, Buzzati… ont donné une dimension littéraire à l’esprit d’aventure. Beaucoup se trouvaient dans la fiction et le réel comme Henry de Monfreid. Ces écrivains allaient chercher dans la vie même la nourriture de leur littérature. Je défends depuis des décennies cette ligne-là. 

En quoi le récit a-t-il changé depuis un siècle ?

La fin des libertés essentielles de l’époque. Nous sommes entrés dans une société de surveillance généralisée, contrainte par les normes, la réglementation. Les récits de voyage et romans d’aventures que l’on peut écrire aujourd’hui n’ont plus le même panache ou la même densité qu’autrefois. L’aspect marchand domine. Nous avons d’ailleurs choisi le sous-titre « un esprit de liberté » et créé une collection de résistance. De nos jours, on interdirait à Christophe Colomb d’appareiller. Il ne savait pas très bien où il allait, ni quand il reviendrait. Une définition de l’existence.

Le titre du recueil que vous publiez L’aventure, le choix d’une vie n’est pas anodin ?

Je rassemble un certain nombre d’amis écrivains pour leur poser la question. Consacrer sa vie à l’aventure, quel choix cela traduit-il ? Lorsque nous avons lancé la collection, j’ai publié un manifeste : L’aventure pour quoi faire ? Et le sens était la liberté.

Dans votre nouvelle Le Ventre de la pierre, vous décrivez un désert propre, qui ressemble aux Mille et une nuits, avec des caravanes et des feux de camp chaleureux, débarrassé de la guerre, et cela fait du bien. Comment peut-on écrire sur le désert sans parler du terrorisme ?

J’avais 23 ans quand j’ai connu cette première expérience du désert. Ce monde a disparu, à mon grand désespoir. Aujourd’hui, le désert, de l’Ouest jusqu’à l’Est, de la mer rouge à l’Atlantique, est devenu un terrain de jeu mortel pour les djihadistes. Un écrivain ne doit pas craindre de dire que les choses disparaissent. Mon texte porte une certaine douleur. Il ne s’agit pas d’être pessimiste, mais de provoquer un sursaut.

Le récit de voyage n’est-il pas ainsi tourné vers le passé ?

Non. Il est dans le temps long. Il doit s’inscrire dans le passé comme racine, mais aussi dans le présent et le futur. Le voyageur emmène ses bagages avec lui, mais la perspective de l’avenir lui permet d’avancer. C’est le temps éternel, en vérité.

Qu’attendez-vous d’un récit de voyage ?

Qu’il me dise la vérité du monde et ne me raconte pas d’histoires comme les tour operators dans leur brochure qui nous vendent un monde inexistant. Je cherche le style, un ton, le contraire du charabia. J’aime le classique. La langue française ne doit pas être saccagée. Il vaut mieux écrire comme Hemingway que d’essayer de réinventer une prose pour plaire à une mode éphémère. Nous vivons dans le temps éternel !

Une collection de poche permettait-elle d’emmener plus facilement les ouvrages sur la route ?

Elle les rendait aussi accessible aux plus jeunes, sans gros moyens financiers. Le récit de voyage les intéresse, à condition que nous puissions bien les informer de nos parutions et leur faire entendre cet autre discours. Je rencontre beaucoup de jeunes lors des signatures. Je voulais une collection de poche de luxe, avec des couvertures rassembleuses, une identité. Nous avons travaillé le brillant et le mat.

Le côté “malle anglaise”…

Cette collection est destinée à être rangée dans la bibliothèque, à survivre à son créateur. J’espère qu’elle comptera des centaines de titres, consacrés au combat pour la liberté. Quand vous créez une collection exigeante, vous devez vous battre pour l’imposer mais quand elle s’installe, c’est pour longtemps, comme la collection péruvienne chez Plon à une époque. Points aventure marche très bien auprès des librairies.

Préférez-vous que l’on retienne de vous l’aventurier ou l’écrivain ?

Les deux. Je m’inscris très modestement dans la lignée de mes pères, Hemingway, Conrad. J’ai publié mon premier livre à 20 ans, et je me suis lancé dans l’aventure en même temps. C’est à 12/13 ans que j’ai voulu devenir écrivain-aventurier, afin de vivre comme dans les livres que j’avais dévorés.

On imagine qu’un écrivain aventurier n’écrit pas dans un bureau…

J’ai écrit partout, à la lueur d’un feu de camp, sous les bombardements au Kurdistan, sur mon bateau. L’écriture est la partie féconde de la vie !

À lire : Henry de Monfreid, Les Secrets de la mer rouge.

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