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23 mars 2017  / Livres

Salon du Livre : les Mille et un visages du Maroc

Stéphane Kochelin
22/03/2017

Le pays du couchant est pour la première fois l’invité d’honneur du Salon Livre Paris qui se tient en cette première semaine de printemps. La célébration consacre la vitalité et la jeunesse d’une littérature multiculturelle qui a obtenu quatre prix Goncourt et occupe une place centrale dans notre paysage, comme le continent africain de plus en plus glorifié.

Longtemps, la littérature marocaine n’aura eu qu’un seul visage, Tahar Ben Jelloun, prix Goncourt 1987 pour son roman La Nuit Sacrée. Trois autres de ses compatriotes ont depuis obtenu la précieuse récompense, dans tous les genres, les Goncourt de la poésie (Abdelatif Laâbi, en 2009), de la nouvelle (Fouad Laroui, en 2013) et à nouveau du roman, cette année, avec Leïla Slimani et sa Chanson douce. Ces succès placent le Maroc en tête de liste des pays qui ont forgé notre histoire. Il était donc naturel que le Salon du Livre Paris accueille enfin cet ami chaleureux et toujours inspiré. Faut-il d’ailleurs parler de littérature marocaine ou de littérature franco-marocaine ? Fouad Laroui, l’un des écrivains invités, répond sans hésiter : « Il faut parler de « littérature marocaine » tout court, c’est-à-dire tout ce qui est écrit par des Marocains.


De gauche à droite :  Tahar Ben Jelloun membre de l'Académie Française, le Prix Goncourt Leila Slimani ainsi que le jeune auteur Abdelatif Laâbi

Cette littérature est un cas assez extraordinaire, peut-être unique au monde, parce qu’elle s’écrit dans une bonne dizaine de langues : l’arabe classique ou littéraire, l’arabe dialectal (depuis peu), le tamazight (le berbère) dans ses trois variantes, le français depuis près d’un siècle, l’espagnol depuis plus d’un demi-siècle, mais aussi le néerlandais, le catalan, l’anglais (voyez la talentueuse Leila Lallami), l’italien, etc. On peut donc, en ce qui me concerne, parler de littérature marocaine d’expression française ». Ce sera tout l’enjeu des débats de définir « les genres et l’identité du roman marocain » avec des auteurs si divers, souvent déracinés et en conflits, n’ayant « d’autre solution que de se mettre à courir à l’intérieur du cercle de feu où les acrobaties qu’on exige de l’écrivain deviendront de plus en plus périlleuses », résume le poète Abdellatif Laâbi dans son journal Le Livre Imprévu. Né à Fès en 1942, il incarne les relations houleuses que les gens de lettres marocains ont longtemps entretenues avec la monarchie. Il a connu les geôles du roi Hassan II pendant les années 1970, puis l’exil, jusqu’à Créteil, un « lieu qui n’a rien de magique » mais où il a écrit la plupart de ses livres. Si les rapports semblent s’être depuis détendus, des conflits persistent. L’homosexualité, pénalisée au Maroc, alimente la thématique de cet autre grand romancier plus jeune (il a 43 ans), Abdellah Taïa, auteur d’un éblouissant texte, paru en cette rentrée de janvier, Celui qui est digne d’être aimé. Son œuvre, ancienne dans sa structure épistolaire, et moderne par son langage cru, raconte les ruptures amoureuses d’un homosexuel, Ahmed, qui, au tout début du livre, s’en prend violemment à sa mère décédée, lui reprochant d’avoir eu honte de lui. La sècheresse et la causticité des propos se conjuguent avec le raffinement de la culture. Nous sommes tout surpris d’y trouver une référence aux Lettres portugaises, missives écrites par une religieuse dont l’existence fut sujette à caution, et qui remportèrent un grand succès en 1669. L’amour à travers les barreaux comme un défi considérable ! Mme de Sévigné, Adolphe de Benjamin Constant balisent le chemin de son héros Ahmed, « ni homme ni femme », perdu entre les souvenirs de Salé, son village du Maroc, et le quartier de Belleville où il erre, poursuivi par l’image torturée de ses amants français, très symboliques. Cette douleur n’empêche pas Abdellah de cultiver un attachement viscéral à son pays et de figurer, comme Abdellatif Laâbi, sur la liste des auteurs invités. Il représente ce « Maroc nouveau » que la littérature aura contribué à façonner, une littérature qui demeure, comme le disait justement Kafka, un « assaut contre la frontière ».   

Du 24 au 27 mars. Paris Expo Porte de Versailles Boulevard Victor (15è). 10-20 h (19 h dimanche et lundi). Entrée : de 10 à 12 (week-end). M° Porte de Versailles.  Tél. : 01 47 56 64 31.

À lire

Abdellah Taïa, Celui qui est digne d’être aimé, Le Seuil, 135 pages, 15 €. Abdellatif Laâbi, Le livre Imprévu, 221 pages, Points, 6,90 €. 

Infos
Tarif

Entrée : de 10 à 12 € (week-end)

Lieu

Paris Expo Porte de Versailles
Boulevard Victor
75015 Paris

M° Porte de Versailles
Tél. : 01 47 56 64 31

Horaires

Du 24 au 27 mars
10-20 h (19 h dimanche et lundi)

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