Paris, anousparis, interview, acteur, Gael Garcia Bernal, Neruda
11 janvier 2017  / Artistes

Gael García Bernal : citoyen du monde

Fabien Menguy
10/01/2017

Ambassade du Chili à Paris, Gael García Bernal enchaîne les interviews pour parler du film Neruda qui raconte la traque du célèbre poète. L’œil malicieux et le sourire ravageur, l’acteur n’a rien perdu de sa superbe ni de son engagement.

Quel est l’héritage de Pablo Neruda de nos jours ?

Gael García Bernal : Neruda est probablement le poète le plus connu du XXe siècle dans le monde entier. Quand vous êtes étudiant en Amérique du Sud, il y a toujours un moment où en classe on arrive à Neruda. Et là, vous en prenez pour deux mois au moins. Mais c’est aussi parce que son œuvre est très imposante. Il a tellement écrit. C’était un acrobate de la création poétique. Il a écrit Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée quand il avait 20 ans. Il était fascinant dans sa façon de dessiner un paysage, un pays tout entier. C’est la quintessence du poète, quelqu’un capable de transcender et d’inspirer les gens à vivre plusieurs vies en une seule.

 

Quel effet ça fait de se retrouver à la fin des années 40 dans la peau de ce policier traquant obstinément le communiste Neruda ?

C’était assez fascinant, car c’est une période très intéressante dans le monde. C’est juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Neruda est devenu un député communiste, et on est à un tournant où beaucoup de consciences commencent à s’éveiller dans pas mal de pays. Un mouvement pour plus d’égalité qui, même si ça n’a pas fonctionné, a réellement été mis en place puisque c’était le communiste.

 

Neruda a été choisi pour représenter le Chili à l’Oscar pour le Meilleur film étranger en 2017 et Desierto sur les clandestins pour représenter le Mexique. Vous pourriez aller aux Oscars pour deux films ?

(Rires). Oui, ce serait amusant. Je suis très heureux de cette possibilité, parce que ce sont deux films très actuels en quelque sorte. L’un deux est le triomphe de la poésie contre la réalité. Et l’autre raconte le cauchemar de la réalité, là où peuvent conduire le discours de la haine.

Justement, en tant que Mexicain, que pensez-vous de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis ?

Arf ! Je me suis beaucoup exprimé dessus. Mais maintenant qu’il va être président, il faut, non pas remettre les compteurs à zéro, mais voir ce qu’il va faire. Je me suis senti vraiment mal, même physiquement, le jour de l’élection. Tout comme une bonne partie du monde qui a senti que quelque chose tournait mal. On sait tous ce qu’il a dit, sa façon de penser, et de le retrouver à la tête des États-Unis, en temps que « leader du monde libre » ça m’a bouleversé. J’avais l’impression de faire un pas en arrière, car les États-Unis ont fait un tel travail au fil des ans pour construire leur mythologie, pour toujours être les « gentils » – même si on sait que ce n’est pas vrai – ils ont toujours délivré un message d’espoir. Mais plus maintenant. Ce sont ouvertement les « bad guys » du film, et on ne peut pas laisser ça se faire. C’est atroce pour l’humanité, mais il va aussi avoir un mouvement de résistance qui va grandir. Nous devons être forts et plus radicaux. Les gens aux États-Unis pensent qu’en twittant, ils font un travail politique, mais non. En France ou au Mexique, on sait ce qu’est une manifestation ou une grève, mais maintenant c’est à eux de se mobiliser. Les Américains n’ont pas cette conscience de vouloir critiquer le processus de démocratisation, mais on doit les inspirer pour essayer de créer une meilleure société.

 

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?

Certaines personnes m’appellent « maestro » à cause de la série Mozart in the jungle. Et des gens de mon âge me disent : « Je vous ai vu dans Amours chiennes. » Ça me met un coup de vieux mais c’est plus agréable d’être plus vieux. Je n’aimerais vraiment pas avoir 21 ou 22 ans aujourd’hui, car je serai vraiment très désappointé par le monde.

 

Quel est votre rapport à la France ?

C’est de plus en plus agréable, car je parle de mieux en mieux français. Pour la vie courante, pas pour les interviews (rires). Je peux me balader et avoir des conversations avec des amis français. Je me sens plus intégré. Et c’est assez curieux, parce que le seul endroit que je connaisse de mes origines, c’est ici en Aquitaine. Le reste de mes origines, je ne les connais pas, comme beaucoup de Sud-Américains qui ont connu beaucoup de mixité. Mais je sais que mon grand-père maternel était de Bordeaux. Il était enfant quand il est arrivé au Mexique, mais quand je vais dans cette ville, je me mets à imaginer ce que sa vie pouvait être. 

 

Pour terminer, quelles sont vos résolutions pour 2017 ? 

Je vais travailler beaucoup et je vais planter une forêt à Mexico près de l’endroit où je suis né.

 

Un mot de conclusion ?

C’est mieux de ne pas dire ce que vous allez faire avant de le faire. Donc maintenant, je demande pardon au dieu de la destinée pour qu’il me permette de planter ma forêt.

Neruda, de Pablo Larraín, avec Luis Gnecco et Gael García Bernal. Biopic. En salles actuellement.

Pour ajouter un événement à votre wishlist, vous devez être connecté à votre compte !

Pas encore inscrit

Créer votre compte en quelques clics pour participer à nos jeux-concours, gagner des invitations exclusives et créer des wishlists dans votre espace personnel avec tous les articles et bons plans d’A NOUS PARIS qui vous intéressent.