© Martin Colombet
10 octobre 2017  / Artistes

Rencontre : Hyacinthe, le rap nouvelle ère

Carine Chenaux
10/10/2017

« Étienne Daho en fuseau Adidas ». La formule du magazine Vice qui sait toujours trouver la catch-line qu’il faut a bien fait rigoler son label, toutefois conscient dans le même temps qu’elle menait sur la bonne piste d’un jeune homme moderne (pour reprendre la filiation), talentueux brouilleur de pistes en tout genre. Son premier album à peine sorti, le jeune rappeur de 24 ans fait parler de lui comme personne et réussit à mettre tout le monde d’accord en flirtant avec l’électro et la chanson, sans faire de concessions et sans jamais renoncer à déranger. De quoi vouloir aller très vite pour pouvoir classer encore Hyacinthe dans une case « presque célèbre » qu’il quittera forcément bientôt. Pour aller vers le meilleur, s’entend.

Pour peu qu’on ne se soit pas, comme nous, laisser embarquer il y a deux ans par son lancinant titre aux accents aussi nocturnes qu’infidèles “L’Ennui”, en cherchant un peu, on sera vite renseigné quant à la teneur de la musique de Hyacinthe unanimement qualifiée de « belle et vulgaire ». La faute à un autre titre de 2013 où lui-même, à l’instar de sa copine du moment, la qualifiait ainsi. La phrase aura séduit et l’artiste, toujours prêt à se jouer des étiquettes, en aura fait des tee-shirts. Ainsi en est-il de Hyacinthe, Marin dans le civil, instinctivement rappeur depuis l’enfance, qui se moque des chapelles et cherche avant tout à rester honnête, se racontant au maximum tel qu’il est, de façon parfois indéniablement crue, mais sans perdre de vue une certaine tempérance. « Il y a des choses que je vais décider de ne pas dire et d’autres que je vais amplifier. J’aime exprimer ce qui griffe un peu, ce qui accroche, mais tout en instillant des phases plus douces, déranger d’un côté et câliner de l’autre. Sur mon titre “Arrête d’être triste”, qui est particulièrement autobiographique dans ses couplets, j’ai placé des refrains où il y a davantage de poésie. Je suis conscient de livrer des textes hyper-denses, du coup, je m’autorise des respirations, pour rendre ce que je fais plus compréhensible et agréable à écouter. »


© Martin Colombet 

Soucieux de peser chaque mot dans ses morceaux, Hyacinthe, dans la vie, parle très vite, articule peu, comme s’il voulait donner un maximum de réponses sans perdre de temps. Conscient de ça, rapport à pas mal d’orthophonistes qui lui en auront fait un jour la réflexion, il en rigole et se qualifie, bizarrement, de personne assez lente dans la vie. Son succès, en tout cas, n’aura pas pris le temps de se faire désirer ; pas de quoi non plus l’affoler, juste content qu’il est que ce qu’il fait « intéresse des gens ». C’est que pour supporter l’engouement médiatique, Hyacinthe n’est pas seul. De Jok’air, son pote de lycée, au beatmaker Krampf, compagnon des débuts, jusqu’aux Pirouettes, de vrais amis, personne n’est là par hasard. À propos du featuring de ces derniers sur l’album, il précise : « Souvent, pour avoir un titre un peu grand public, on appelle un groupe de pop à la mode. Là, ce qui était bien, c’est que rien n’était marketté et qu’au final, on a fait ensemble l’un des morceaux les plus expérimentaux du disque. L’intérêt d’une collaboration, c’est que chacun fasse un pas vers l’autre, pour arriver à un résultat qu’on n’aurait pas obtenu en solo ». Et de noter au passage que les Pirouettes ne sont « pas que “kawaï”, mais aussi amateurs de rap et même de rap vénère ». De quoi une fois de plus ne pas se fier aux apparences, notera l’artiste déjà rompu aux questions récurrentes, content qu’on ne lui demande pas pour une fois les raisons de son pseudo, trouvé au hasard d’une lecture baudelairienne, alors que non, il n’est pas foncièrement intello. Et de signaler au passage que le gimmick de son titre “Le Regard qui brille” n’avait à l’origine aucune référence littéraire. « Dans la vie, beaucoup de gens peuvent dire “Baise-moi” sans penser à Virginie Despentes… »

En revanche, Hyacinthe dira volontiers que le titre de son album a de vraies allures de dédicace à celle qui pendant des années l’aura supporté. Sûrement, elle sera présente à la Boule Noire pour son premier gros concert où tous les participants à l’album répondront à l’appel, tout simplement « parce que c’est important ». Sur scène, pas de pyrotechnie, comme il le prétend au départ en blaguant. Juste quelque chose de simple et de vrai.

Infos
Tarif

Places : 16 €

Lieu

La Boule Noire
118 Boulevard de Rochechouart
75018 Paris

Hyacinthe, premier album Sarah (Chapter Two/Wagram)

Horaires

12 octobre

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